Le ginkgo biloba fait partie des compléments les plus souvent recommandés en pharmacie ou évoqués entre patients pour “faire quelque chose” contre l’acouphène. Il a une réputation de produit naturel, sans danger, qui améliore la circulation sanguine cérébrale. Mais que disent réellement les études scientifiques sérieuses sur son efficacité spécifique contre l’acouphène ? La réponse est sans ambiguïté, et elle mérite d’être connue avant de dépenser de l’argent dans ce type de complément.
Pourquoi le ginkgo biloba a été envisagé contre l’acouphène
Le raisonnement derrière l’utilisation du ginkgo biloba repose sur ses propriétés vasodilatatrices, c’est-à-dire sa capacité supposée à améliorer la circulation sanguine, notamment au niveau cérébral. L’idée sous-jacente était la suivante : si une partie des troubles de l’acouphène est liée à une insuffisance de circulation sanguine dans l’oreille interne ou les voies auditives, alors améliorer cette circulation pourrait faciliter ce que les chercheurs appellent l’habituation, c’est-à-dire la capacité du cerveau à progressivement ignorer le signal de l’acouphène.
Cette hypothèse a conduit à mener plusieurs essais cliniques au fil des décennies, avec des doses allant généralement de 120 à 200 mg par jour sur des durées de 6 à 12 semaines.
Ce que montre la revue Cochrane, la référence en la matière
La Cochrane Library est considérée comme la référence mondiale en matière de synthèse rigoureuse des preuves médicales. Sa revue systématique la plus récente sur le sujet, publiée en 2022, a analysé un total de 12 études regroupant 1915 participants, comparant le ginkgo biloba à un placebo ou à l’absence de traitement chez des personnes souffrant d’acouphène comme plainte principale.
La conclusion est nette : il n’existe aucune preuve que le ginkgo biloba soit efficace chez les patients dont l’acouphène constitue la plainte principale. Cette conclusion confirme et renforce les versions précédentes de cette même revue, publiées en 2004, 2009 et 2013, qui aboutissaient toutes au même constat. Il s’agit donc d’un consensus scientifique stable depuis près de vingt ans, et non d’un résultat isolé ou contesté.
Un détail intéressant ressort néanmoins de l’analyse : dans les études menées chez des patients souffrant de troubles cognitifs ou de démence, chez qui l’acouphène n’était présent que comme symptôme secondaire et à un niveau de gêne initial très faible, une réduction statistiquement significative mais minime a été observée. Les auteurs de la revue précisent toutefois que la portée clinique réelle de ce résultat reste incertaine, et il ne concerne en aucun cas les personnes pour qui l’acouphène est le problème principal.
Une certitude renforcée par la qualité des études analysées
Un point qui renforce la fiabilité de cette conclusion est la qualité méthodologique des essais inclus. La revue Cochrane de 2022 précise que les études retenues présentaient globalement un faible risque de biais, ce qui signifie que les résultats négatifs ne s’expliquent pas par des protocoles d’étude mal conçus, mais reflètent probablement une absence réelle d’effet.
Il faut noter qu’une minorité de chercheurs ayant travaillé spécifiquement sur un extrait standardisé particulier, l’EGb 761, ont rapporté des résultats plus favorables dans certains essais. Mais ces travaux restent minoritaires face à l’ensemble des données disponibles, et les revues systématiques les plus rigoureuses, qui regroupent l’ensemble des essais randomisés disponibles plutôt qu’une sélection partielle, ne confirment pas cette efficacité de façon généralisable.
Le ginkgo biloba est-il dangereux pour autant ?
Il est important de distinguer deux questions différentes : le ginkgo biloba est-il efficace contre l’acouphène, et le ginkgo biloba est-il dangereux. Sur la sécurité, les essais cliniques analysés rapportent une incidence faible d’effets secondaires, sans différence notable par rapport au groupe placebo dans les études où cette question a été spécifiquement posée aux participants. Le ginkgo biloba n’est donc pas considéré comme un produit à risque significatif aux doses étudiées, mais il peut interagir avec certains traitements anticoagulants en raison de ses propriétés sur la coagulation sanguine — un point à signaler systématiquement à votre médecin ou pharmacien avant toute prise, en particulier si vous suivez un traitement de ce type.
Pourquoi cette information est utile, même si la réponse est négative
Savoir qu’un produit largement commercialisé et recommandé ne dispose d’aucune preuve d’efficacité solide n’est pas une information secondaire. Beaucoup de personnes souffrant d’acouphène traversent une période où elles essaient successivement plusieurs produits, dépensent un budget non négligeable, et accumulent les déceptions sans toujours comprendre pourquoi rien ne semble fonctionner. Disposer d’une information claire et sourcée permet de réorienter ce temps et cette énergie vers des approches dont l’efficacité repose sur des bases plus solides.
C’est notamment le cas des approches qui agissent directement sur le mécanisme central de l’acouphène, à savoir la réorganisation de l’activité neuronale dans le cerveau plutôt qu’une action supposée sur la circulation sanguine. Ce mécanisme central est d’ailleurs celui qui explique pourquoi un acouphène peut apparaître même chez des personnes dont l’audiogramme est parfaitement normal, un phénomène que nous détaillons dans notre article sur l’acouphène avec audition normale.
Que faire à la place
Si vous cherchez une piste nutritionnelle ou liée à un déficit spécifique plutôt qu’à la circulation sanguine en général, certains oligo-éléments disposent de données plus nuancées mais réellement documentées dans certains profils de patients précis. C’est le cas du zinc par exemple, dont l’effet reste modeste mais mesurable chez certains sous-groupes de patients, contrairement au ginkgo biloba qui ne montre aucun signal positif même restreint. Nous détaillons cette question plus largement dans notre article sur l’alimentation et les carences liées à l’acouphène, qui passe en revue les pistes nutritionnelles qui méritent réellement d’être explorées.
En résumé
Le ginkgo biloba, malgré sa popularité et sa réputation de produit naturel sans risque, ne dispose d’aucune preuve scientifique solide d’efficacité contre l’acouphène pris comme plainte principale. Ce constat, établi par la synthèse la plus rigoureuse disponible à ce jour, est stable depuis près de deux décennies. Ce n’est pas un jugement sur votre démarche d’avoir voulu l’essayer — c’est une information qui vous permet de faire un choix éclairé sur où investir votre temps et votre budget dans la suite de votre prise en charge.
Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Parlez à votre médecin ou pharmacien avant toute prise de complément, en particulier en cas de traitement anticoagulant en cours.
